Énoncé de position sur le jeu actif à l’extérieur

L’accès au jeu actif à l’extérieur et dans la nature, avec les risques que cela comporte, est essentiel au développement sain de l’enfant. Nous recommandons d’augmenter les occasions que les enfants ont de jouer de façon autonome dehors, dans des environnements variés, soit à la maison, à l’école, au service de garde, dans la communauté et dans des environnements naturels.

PRÉAMBULE

Nous avons conduit deux revues systématiques de la littérature scientifique pour évaluer les études les plus probantes sur l’effet net (c.-à-d., l’équilibre entre les bienfaits et les dangers) du jeu actif à l’extérieur et du jeu actif comportant un risque. D’autres articles et revues de la littérature ont aussi été consultés. Cet énoncé de position s’applique aux filles et aux garçons (de 3 à 12 ans) peu importe leur ethnie, leur race ou le statut socioéconomique de leur famille. Les enfants ayant un handicap ou une condition médicale peuvent aussi participer au jeu actif à l’extérieur en suivant les conseils d’un professionnel de la santé.

MISE EN CONTEXTE

La tendance actuelle d’interdire des activités à l’extérieur qui comportent un potentiel de blessures, comme jouer au ballon dans les cours d’école, ainsi que le débat qui entoure la sécurité de la glissade en traîneau, amène à se questionner sur l’équilibre nécessaire entre maintenir nos enfants actifs et en santé, et les protéger de blessures sérieuses. Si nous couvons constamment nos enfants et élaborons trop de règlements sur ce qu’ils peuvent et ne peuvent pas faire, brimons-nous leur capacité naturelle à apprendre et à se développer? Si nous modifions les aires de jeux dans l’objectif de prévenir toutes les blessures et toutes les poursuites judiciaires, en évacuons-nous tout le plaisir? Est-ce vraiment plus sécuritaire pour nos enfants de passer des heures assis sur un fauteuil plutôt que de jouer activement dehors? Nous devons reconnaître la différence entre les concepts de danger et de risque. Nous devons également valoriser la santé à long terme et le plaisir autant que nous valorisons la sécurité.

Le mot « risque » a mauvaise presse auprès des parents, du voisinage, des professionnels de la santé, des détenteurs de polices d’assurance, des écoles et des municipalités. Toutefois, pratiquer un « jeu actif comportant un risque » ne signifie pas de s’exposer au danger, comme patiner sur un lac semi-gelé ou permettre à un enfant d’âge préscolaire de se rendre seul au parc. Le jeu actif comportant un risque correspond plutôt au jeu que les enfants considèrent excitant, où les blessures peuvent arriver, mais où les enfants peuvent reconnaître et évaluer les défis en fonction de leurs propres habiletés1,2. Permettre ce type de jeu signifie de donner aux enfants la liberté d’apprendre à grimper, d’explorer la forêt, de se salir, de jouer à la cachette, de se promener dans le quartier, de se tenir en équilibre, de faire des culbutes et de se chamailler, surtout dehors, afin d’être physiquement actifs, de développer diverses habiletés, de même que leur confiance en eux, leur autonomie, leur résilience, leur capacité à résoudre des problèmes, ainsi que de connaître leurs propres limites. Il s’agit de laisser les enfants être des enfants, mais plus en santé et plus actifs.

PREUVES SCIENTIFIQUES

  • Quand les enfants sont dehors, ils bougent plus, passent moins de temps assis et jouent plus longtemps3-12 — des comportements associés à de nombreux bienfaits pour améliorer le taux de cholestérol, la pression sanguine, la composition corporelle, la densité osseuse, la condition physique et plusieurs aspects de la santé mentale, sociale et environnementale13-22.
  • Le jeu actif à l’extérieur est plus sécuritaire que vous le croyez.
    • Les probabilités de se faire enlever par un inconnu sont de 1 sur 14 millions, selon les rapports de la GRC23. Être dehors avec des amis pourrait réduire davantage ce risque.
    • Les fractures et les blessures à la tête surviennent malheureusement, mais les traumatismes majeurs sont rares. La plupart des blessures associées au jeu à l’extérieur sont mineures24-31.
    • Les enfants canadiens présentent huit fois plus de risque de mourir en étant passager d’un véhicule motorisé qu’en se faisant heurter par un véhicule lorsqu’ils sont à pied ou à vélo32-34.
  • Il existe des conséquences à garder les enfants à l’intérieur — est-ce vraiment plus sécuritaire?
    • Quand les enfants passent plus de temps devant les écrans, ils sont plus susceptibles d’être exposés à des cyberprédateurs et à de la violence, et de manger des collations malsaines35-39.
    • L’air est souvent de moindre qualité à l’intérieur qu’à l’extérieur, ce qui augmente l’exposition aux allergènes communs (c.-à-d., poussière, moisissures, animaux de compagnie) et aux maladies infectieuses, pouvant conduire au développement de maladies chroniques40-43.
    • À long terme, les comportements sédentaires et l’inactivité physique augmentent le risque de maladies chroniques, incluant les maladies cardiaques, le diabète de type 2, quelques formes de cancer et des problèmes de santé mentale44-53.
  • L’hyper-parentalité limite la pratique d’activités physiques et peut nuire à la santé mentale54-57.
  • Quand les enfants sont supervisés de près à l’extérieur, ils sont moins actifs4,58-68.
  • Les enfants démontrent un plus grand intérêt pour les espaces naturels, plutôt que pour les structures de jeux préfabriquées69-79. Les enfants qui jouent dans des environnements naturels démontrent de la résilience, du contrôle de soi et développent des habiletés qui les aideront à réagir de façon appropriée au stress au cours de leur vie80-98.
  • Le jeu à l’extérieur qui a lieu dans des environnements minimalement structurés où les enfants peuvent jouer librement favorise la socialisation avec les pairs, la communauté et les interactions avec l’environnement, réduit le sentiment d’isolement, développe des habiletés interpersonnelles et favorise un développement sain4,59,70,76,83,99-103.

RECOMMANDATIONS

  • Parents : Encouragez vos enfants à prendre davantage part à des activités à l’extérieur dans une variété de conditions météorologiques. Quand les enfants sont soutenus dans leur prise de risques, ils ont plus de plaisir et ils apprennent à évaluer et à gérer le risque dans tous les aspects de leur vie2,82,104.
  • Éducateurs et gardiens : Profitez régulièrement de toutes les occasions d’aller dehors pour apprendre, socialiser et faire de l’activité physique, et ce, dans une variété de conditions météorologiques – incluant la pluie et la neige. Reconnaissez que le jeu actif comportant un risque est un aspect important de l’enfance qui ne devrait pas être éliminé de la cour d’école ou du service de garde.
  • Professionnels de la santé : Profitez de votre influence! Encouragez chaque enfant à développer une relation avec la nature et l’extérieur. Identifiez les ressources pour jouer dehors et développez des partenariats avec les municipalités, les parcs, les organismes reliés à la nature, les groupes de parents et les enfants eux- mêmes afin de soutenir ce processus.
  • Autorités de santé publique : Trouvez une approche équilibrée entre la promotion de la santé et la protection qui tient compte des dangers à long terme liés au mode de vie sédentaire, et pas seulement du potentiel de blessure à court terme.
  • Administrateurs scolaires / de services de garde : Choisissez des éléments naturels plutôt que des structures de jeu préfabriquées ou des surfaces pavées. Encouragez les enfants à jouer, mais aussi à aider à concevoir ces environnements.
  • Médias : Offrez une couverture équilibrée des événements. Évitez les histoires sensationnalistes au sujet des prédateurs et du danger qui augmentent la peur. Rapportez les histoires à succès reliées au jeu actif à l’extérieur et au jeu actif comportant un risque.
  • Procureurs généraux : Établissez des limites raisonnables de responsabilité pour les autorités municipales qui se traduisent par une réforme de la responsabilité conjointe et solidaire.
  • Gouvernements provinciaux et autorités municipales : Travaillez ensemble pour créer un environnement où les entités publiques sont protégées des poursuites frivoles pour des blessures mineures reliées au jeu actif à l’extérieur et au jeu actif comportant un risque normal et sain. Cette protection ne limiterait plus les entités publiques à utiliser la norme de l’Association canadienne de normalisation CAN/CSA Z614 « Aires et équipement de jeu pour enfants » comme guide pour la conception des espaces de jeux extérieurs et comme condition pour le financement de ces espaces. Investissez dans des aires naturelles de jeux dans tous les quartiers.
  • Écoles et municipalités : Révisez les politiques et les règlements actuels et reconsidérez ceux qui représentent un obstacle au jeu actif à l’extérieur.
  • Gouvernements fédéral / provinciaux / territoriaux : Favorisez la collaboration intersectorielle afin de trouver des façons d’améliorer l’accès des enfants au jeu actif à l’extérieur et dans la nature, et au jeu actif comportant un risque.
  • Société : Reconnaissez que les enfants possèdent des compétences et des habiletés. Respectez le jugement des parents quant aux habiletés de leurs enfants et leurs décisions pour encourager le jeu autodirigé dehors et dans la nature. Permettez à tous les enfants de jouer et de développer une relation durable avec la nature comme bon leur semble.

Cet Énoncé de position a été développé à partir des données probantes disponibles, interprétées par un groupe d’experts canadiens représentant 14 organisations, et revu et édité par plus de 1 600 acteurs concernés. Les détails de ce processus sont publiés dans la revue International Journal of Environmental Research and Public Health [www.mdpi.com/ journal/ijerph].

REMERCIEMENTS

Le développement de cet Énoncé de position a été financé par :

Cet Énoncé de position a été développé et est soutenu par Mme Susan Herrington, University of British Columbia, William Pickett, Ph. D., Queen’s University, et les partenaires suivants :

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