Merci à Sam Grimmett Batt d'avoir rédigé cet article.
Cet article a été initialement publié le 5 août 2026 par UK Community Foundations.
Mes enfants viennent de terminer l'année scolaire et sont en vacances d'été. Entre le soulagement de voir la course effrénée du matin prendre fin pour un temps et la panique grandissante à l'idée de devoir occuper quatre semaines supplémentaires, je me suis mise à repenser à mes propres étés, qui n'avaient rien à voir avec les leurs.
Mes meilleurs souvenirs sont tous liés au plein air, et aucun d’entre eux n’était organisé ni encadré. Le plus intense et le plus marquant s’est déroulé dans une grange du Sussex, où je courais après une dinde très fâchée et cherchais des œufs dans des piles de balles de foin bien trop hautes. Une expérience libre, un peu risquée, une belle amitié avec un animal (même si elle fut de courte durée). Ce genre de jeu est en train de disparaître : la commission « Raising the Nation Play Commission » a constaté l’année dernière que 55 % des parents estiment que leur enfant joue moins dehors qu’ils ne le faisaient eux-mêmes, ce qui correspond tout à fait à ma propre expérience et à celle des parents que je connais.
C’est pourquoi, aujourd’hui, UK Community Foundations soutientle « Playday »– coordonné par Play England, Play Wales, Play Scotland et Playboard Northern Ireland –, qui est la journée nationale du jeu, et dont le thème est « jouer ici, là-bas et partout ». Les enfants ne jouent pas seulement dans les aires de jeux ; ils jouent sur le chemin de l’école, devant leur porte, au centre commercial et dans les espaces « intermédiaires », tant en milieu urbain que rural. La question est de savoir si les lieux où ils vivent le leur permettent encore.
C'est précisément ce sur quoi nous travaillons. Vingt de nos fondations communautaires s'uniront au printemps prochain pour lancer « Free to Play UK », une nouvelle initiative nationale en faveur des jeux en plein air qui s'étendra sur cinq ans. Nous disposons d’un excellent point de départ, avec plus de 9,3 millions de livres sterling déjà engagées dans le programme, et nous le mettons en place en collaboration avecles Fondations communautaires du Canada,Play England, notre partenaire de formationRenaisi, ainsi que des experts de terrain et des universitaires au Royaume-Uni et au Canada. Cette initiative met l’accent sur les formes de jeu qui ont le plus souffert : le jeu en plein air, le jeu dirigé par les enfants et le jeu d’aventure.
Réflexions depuis le lac Ontario
Il y a quelques semaines, j'ai passé une semaine à Toronto pour m'imprégner des enseignements tirés de notreprogramme jumeau. Au programme : une journée avec les fondations communautaires, les partenaires techniques et les organisations bénéficiaires qui gèrent le programme « Free to Play » au Canada. Nous sommes restés autant que possible en plein air, sur une petite île du lac Ontario, ce qui nous a semblé être le cadre idéal pour en discuter.
Sous le soleil matinal, au bord de l’eau, nous nous sommes mis en cercle et avons partagé nos premiers souvenirs de jeux. Tous, sans exception, se déroulaient en plein air. Les bacs à sable de Mumbai. Une grange qui ressemblait beaucoup à la mienne. Le cache-cache, les jeux de rue et les repaires secrets. Puis l’animateur a dit quelque chose qui m’a hanté l’esprit et que j’ai entendu maintes fois depuis : notre génération a privé nos enfants de cette enfance. Ce n’était pas notre intention. Nous avons simplement pris une série de décisions pragmatiques concernant la circulation, le temps et la sécurité, tout en faisant face à une pandémie, à la guerre et à l’urgence climatique. Nous avons mis des écrans entre les mains de nos enfants alors que nous vivions nous-mêmes l’avènement des réseaux sociaux, des smartphones et, aujourd’hui, du web agentique. Et nous en sommes là.
Le jeu en tant que droit humain et l’actualité politique
L'article 31 de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l'enfant protège le droit de chaque enfant au jeu, au repos et aux loisirs. En 2013, le Comité des droits de l’enfant du Royaume-Uni a précisé, dans son Observation générale n° 17, ce que les gouvernements doivent faire pour garantir ce droit. À mes yeux, cette déclaration présente une validité apparente et une cohérence interne, et c’est pourquoi cette initiative est l’une des rares sur lesquelles j’ai travaillé et que presque personne ne remet en question, quelles que soient ses opinions politiques, son niveau d’éducation ou sa profession. Le jeu n’est pas seulement important pour le développement, la résilience et la santé : il est également essentiel à une enfance heureuse et épanouissante, et constitue, selon la plupart des enfants interrogés, la partie la plus importante de leur vie. Le droit des enfants à jouer doit être protégé : les preuves à l’appui sont de plus en plus évidentes.
L’Angleterre disposait autrefois d’une stratégie nationale en faveur du jeu, soutenue par des ressources publiques et privées ; mais lorsqu’elle a été abandonnée en 2010, la plupart des infrastructures ont disparu en même temps. Le Pays de Galles et l’Écosse ont tous deux adopté des approches législatives plus fermes, notamment en instaurant des obligations en matière de « droit au jeu » et en intégrant la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant (CNUCE) dans leur législation nationale, tandis que l’Irlande du Nord a continué à accorder une importance stratégique plus marquée au jeu qu’l’Angleterre. Ce programme est lancé à un moment propice : grâce au travail de Play England et d’autres acteurs, la Commission sur le jeu de l’année dernière, intitulée « Everything to Play For », a abouti à unrapportfinal contenant des recommandations concrètes. Le jeu revient également sur le devant de la scène sur d’autres fronts, grâce à la relance d’un groupe parlementaire multipartite, à la base de données probantes croissante issue de chercheurs tels qu’Helen Dodd et Mariana Brussoni, ainsi qu’à l’interdiction d’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 16 ans. Le nouveau Premier ministre a déjà fait ses preuves en matière de jeu : en tant que secrétaire d’État à la Culture, aux Médias et aux Sports, il a été le fer de lance (aux côtés d’Ed Balls) de la seule stratégie nationale pour le jeu jamais mise en place en Angleterre, en 2008.
Le lancement de « Free to Play UK » intervient à un moment unique pour le jeu. Plutôt que de se contenter de répondre à un regain d’intérêt politique, ce programme vise à démontrer ce que l’investissement à long terme dans le jeu dirigé par les enfants peut apporter et à contribuer à orienter la prochaine génération de politiques et de pratiques à travers tout le Royaume-Uni.
Nous discutons sans fin de ce à quoi devrait ressembler l'enfance en ligne, mais nous ne nous interrogeons presque jamais sur ce que nous offrons aux enfants à la place. Des jeux en plein air de qualité, gratuits et de proximité, ainsi que la possibilité pour les enfants de se déplacer librement et en toute sécurité pour les découvrir, les créer et en faire l'expérience, constituent une grande partie de la réponse.
Changement de culture
Nous ne finançons pas de projets ponctuels ni de matériel, et nous ne gérons pas de programme de subventions traditionnel. Au cours des 12 derniers mois, nous avons soigneusement élaboré une approche qui s’appuie sur les meilleures pratiques, les conseils et l’expertise, ainsi qu’un modèle ancré localement qui a fait ses preuves dans le cadre de notreprogramme destiné aux jeunes sortant de prise en charge. Dans les mois à venir, nous le testerons de manière plus approfondie avec les acteurs du secteur avant de finaliser le plan. Des années passées à nouer des collaborations m’ont appris à élaborer une conception adaptée avec des personnes qui connaissent bien le terrain, même si cela prend plus de temps.
Nous souhaitons faire évoluer les mentalités sur le long terme, en commençant par comprendre ce qui rend possible le jeu au quotidien dans un lieu donné et quels en sont les obstacles, puis en soutenant et en renforçant le leadership local. Les fondations communautaires sont particulièrement bien placées pour cela : ancrées localement, elles jouissent d’une grande confiance et sont capables de rassembler les municipalités, les entreprises et les écoles bien au-delà de la fin d’une subvention. Chaque fondation communautaire élaborera un programme adapté à son contexte propre, en combinant des actions de mobilisation, de commande de projets et de subventions afin de créer une dynamique globale.
Pour soutenir ce travail sur les mentalités, ce programme est, par nature, collaboratif. En plus d’apprendre aux côtés de noscollègues canadiens,Play Englandsoutiendra le programme en tant qu’association caritative nationale anglaise dédiée au jeu, en contribuant à relier la mise en œuvre locale aux politiques, pratiques, données probantes et au leadership sectoriel à plus grande échelle, au fur et à mesure que le programme se développera. Nous nous appuierons surles travaux d’Helen Doddà l’université d’Exeter, ainsi que sur l’ensemble de la communauté universitaire, afin d’ancrer l’apprentissage en temps réel, selon une approche « tester et apprendre ». Save the Childrennous apportera son expertise en matière de droits des enfants et de participation des enfants.
Une invitation
Nous ne lançons pas encore le programme. Nous indiquons simplement que nous sommes en train de le mettre en place, que le financement est assuré et que nous souhaitons le développer, car les besoins sont bien plus importants que ce qu’un seul bailleur de fonds peut couvrir.
La prochaine étape consiste à réunir ces 20 structures, aux côtés des 22 structures canadiennes et en collaboration avec l'ensemble du secteur, afin de mettre en place un programme de formation de trois mois. Ainsi, lorsque nous ouvrirons nos portes au printemps prochain, nous saurons clairement quels changements nous souhaitons apporter et à quoi ressemblera le résultat escompté.
Considérez donc ceci comme une invitation. Si vous êtes un bailleur de fonds soucieux du bien-être des enfants, des communautés ou des lieux où ils grandissent, je serais ravi d’en discuter avec vous. Vous pouvez en savoir plus sur Free to Play UK et sur la manière de nous rejoindre surla plateforme Funders Collaborative Hub.
En attendant, trinquons à un été plein de jeux, ici, là-bas et partout ailleurs.
Sam Grimmett Batt est directeur des partenariats et de l'analyse au sein de UK Community Foundations.