Cet été, le jeu est plus important que jamais

Merci à Josh Fullan, Directeur de Maximum City, une agence nationale spécialisée dans la sensibilisation et l’éducation, pour sa participation à ce texte.

Au second printemps de ce qui a tout l’air d’une interminable pandémie de coronavirus, personne ne pourrait reprocher aux enfants et aux parents de s’abandonner à un sentiment du type « Vite, je veux l’été ». L’espoir est difficile à trouver dans la troisième vague de ce fléau qui ressemble à un mur d’escalade qui ne compte qu’une seule direction : vers le haut. L’été est une promesse de passer plus de temps à l’extérieur, de s’affranchir de l’enseignement ou du travail en ligne et, peut-être par-dessus tout, de jouer sans compter.

Le jeu est souvent perçu comme une coupure avec la vie normale, une interruption temporaire du monde ordinaire et ennuyeux. Ou encore, il est perçu comme quelque chose de futile et d’éphémère, une sorte de basse culture à ne pas prendre trop au sérieux. Mais un moment consacré au jeu de manière soutenue et intentionnelle pourrait bien être exactement ce qu’il faut pour redonner la santé et le bonheur à de nombreux Canadiens, et en particulier aux enfants et aux jeunes, alors que nous nous sortons de la pandémie.

En cet été 2021, le jeu est une nécessité pour ramener le monde, et non pour s’en échapper.

Dans une vaste étude nationale menée par Maximum City sur les expériences et les comportements des enfants et des jeunes en période de pandémie, le jeu s’est révélé être le comportement présentant l’association positive la plus forte dans tous les domaines étudiés. Plus précisément, les enfants et les adolescents qui ont maintenu ou augmenté le temps qu’ils passaient à jouer[1] à l’automne 2020 ont connu de meilleures expériences scolaires, un bien-être personnel plus grand et une plus faible diminution d’autres comportements de mouvement sains comparativement à ceux qui ont rapporté une diminution du jeu[2] Le jeu est l’activité qui a permis de différencier clairement ceux qui ont eu du mal à gérer les multiples aspects de leur expérience de la pandémie de ceux qui s’en sont bien sortis, ou qui ont même progressé.

Pour les adolescents et les élèves du primaire qui ont consacré le même temps au jeu, celui-ci semble avoir produit un résultat quintuple, à savoir une moins grande diminution de l’activité physique et du temps passé à l’extérieur, moins de temps devant les écrans, une amélioration des émotions positives, une diminution du stress et une meilleure persévérance, ainsi qu’une collaboration et une participation accrues à l’école. Pour de nombreux Canadiens de tous âges, ce sont précisément les éléments qui leur ont causé du souci pendant la COVID-19. Si le jeu peut nous protéger contre les nombreux effets secondaires de la pandémie sur la santé émotionnelle et physique, peut-être devrions-nous commencer à le prendre plus au sérieux (ou plus à la légère).

C’est la raison pour laquelle notre organisme lance une campagne Summer of Play (lien en anglais), qui comporte des occasions pour les enfants et les jeunes de partager et classer leurs activités favorites de jeu d’été. Un été de jeu, c’est ce dont ont besoin les enfants et les adolescents, et c’est sans aucun doute ce qu’ils méritent, compte tenu des sacrifices qu’ils continuent de faire pour un virus qui, en général, les épargne. Un été de jeu donne aussi un horizon pas trop éloigné à espérer — quelque chose dont nous avons tous besoin pour notre bien-être — et aide à raviver la santé mentale, émotionnelle et physique de nos enfants.

Évidemment, il ne suffit pas de dire, même à voix haute, « Allez-y, jouez ». La COVID-19 a un impact différent sur les Canadiens, et c’est aussi vrai pour le jeu. Les enfants et les jeunes qui vivent en appartement, qui sont des PANDC (personnes autochtones, noires et de couleur), qui viennent de ménages à revenus moins élevés, ou qui vivent avec quelqu’un qui est très à risque rapportent tous une baisse plus importante du temps qu’ils passent à jouer par rapport à leurs pairs et à leurs homologues d’autres groupes. Nous savons aussi qu’après les cours privées, les enfants disent passer le plus de temps à l’extérieur dans la rue et sur les trottoirs, donc que ces lieux doivent devenir plus sécuritaires pour les interactions et les activités, incluant le jeu.

Alors que nous travaillons cet été à redresser et à rééquilibrer les émotions et les comportements sains, l’accès équitable au jeu dans des espaces partagés de qualité, à proximité des lieux de vie des familles, est un ingrédient clé.

La reconnaissance du droit de chaque enfant au jeu et la défense de l’égalité des chances en matière de jeu sont des responsabilités que le gouvernement canadien a reconnues il y a plus de trente ans.[3] Ces responsabilités ont été pour la plupart mises de côté pendant l’urgence inéluctable de la COVID-19. Le fait que tous les paliers de gouvernement mettent leur force combinée au service d’un été de jeu contribuerait grandement à la réalisation de cet engagement et à l’atténuation des effets à long terme de la pandémie sur la santé et le bien-être de toute une génération d’enfants.

Ceux d’entre nous qui passent du temps avec les enfants ont été témoins de comment ils s’illuminent lorsqu’ils ont la chance de jouer librement. Cette fin de semaine où, par le temps où le gouvernement ontarien a fermé les terrains de jeux et a battu en retraite pour les rouvrir, devant le feu de la colère des éducateurs et des avertissements des experts de la santé, ma fille a réussi à franchir une nouvelle structure d’escalade dans notre cour. En atteignant le sommet après des dizaines de tentatives ratées et de frayeurs, elle rayonnait de confiance en elle. Le jeu, c’est l’apprentissage, l’autonomie, l’activité physique et la joie. C’est un moyen de lâcher prise, de libérer son trop-plein d’énergie et de vaincre ses peurs. Chaque jeu a un sens.[4] Cet été, il porte un sens plus grand que jamais.

Pour en savoir plus, lisez cet article de Josh Fullan dans le Globe and Mail, ici (en anglais).


[1] Maximum City, 2021. COVID-19 child and youth study: the role of play and outdoor space. Toronto, ON: https://maximumcity.ca/s/COVID-19-Child-and-Youth-Study_-PLAY-REPORT-v1.pdf

[2] Pour les besoins de cette étude, le jeu a été défini de manière vaste et ouverte à l’interprétation et inclut le jeu à l’intérieur et à l’extérieur.

[3] UN Convention on the Rights of the Child, 1989 https://www.unicef.org/child-rights-convention

[4] J. Huizinga, 1955. Home Ludens. Beacon Press, Boston.