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Comment Paris a transformé 300 rues scolaires : un guide étape par étape

Comment Paris a transformé 300 rues scolaires : un guide étape par étape

Cet article a été publié pour la première foispar Global Alliance – Cities4Children (www.cities4children.org/blog) et rédigé par Sarah Sabry et Anupama Nallari, de l'Urban Hub @ Save the Children.

Entre 2020 et 2026, Paris a réaménagé 300 rues scolaires, dont une centaine ont fait l'objet d'un réaménagement complet. Cet article présente les principaux enseignements tirés de l'expérience sur le terrain ainsi que des mesures concrètes destinées à aider d'autres villes à planifier et à mettre en œuvre leurs propres rues scolaires.

Nous avons rencontréPriscilla Benedetti,urbaniste à la Ville de Paris, afin de comprendre comment cette transformation s’est opérée, et nous présentons ci-dessous les différentes étapes de ce processus dans l’espoir d’inspirer d’autres villes. Le programme parisien des « rues scolaires » est né d’une combinaison de mesures d’urgence et d’une planification de quartier structurée. Le diaporama montre la transformation des rues scolaires à Paris : d’abord des rues grises dominées par la voiture, puis des espaces publics plus sûrs, plus verts et inclusifs pour tous.

AVANT : APRÈS :

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Source : Priscilla Benedetti / Ville de Paris

Comment tout a commencé

Lorsque la COVID-19 a frappé début 2020, les trottoirs étroits de Paris sont rapidement devenus un problème. Aux heures d’entrée et de sortie des écoles, les familles se retrouvaient entassées, sans aucune possibilité de respecter la distanciation sociale. La ville devait trouver une solution immédiate. Paris a agi rapidement, fermant du jour au lendemain 50 rues à proximité des écoles. L’objectif était simple : créer davantage d’espace pour permettre la distanciation. Mais l’impact a été bien plus important. Les rues sont devenues plus calmes, l’air semblait plus pur, et les familles disposaient soudain d’un espace pour se retrouver. Ces changements tactiques ont révélé une opportunité plus large : repenser la manière dont les rues accompagnent le quotidien des enfants et des familles. Parallèlement, Paris déployait son programme à long terme« Améliorez votre quartier », visant à transformer les espaces publics quotidiens afin d’encourager les familles avec de jeunes enfants à rester à Paris.

« Dès que les jeunes couples citadins ont des enfants, la plupart du temps, ils quittent la ville. Ils partent en banlieue pour que leurs enfants bénéficient d’espaces publics plus adaptés. On nous a donc demandé de mettre au point un nouveau programme visant à améliorer l’environnement des enfants en ville », a déclaré Priscilla.

Cette initiative consistait à travailler quartier par quartier pour cartographier la circulation, consulter les habitants et identifier les possibilités d'amélioration des espaces publics. Les bases d'un réaménagement axé sur la communauté étaient déjà en place.

Les habitants qui ont pu profiter des premières « rues-écoles » n’ont pas tardé à en demander davantage. Comme l’a fait remarquer Priscilla : « Nous vivons une période où les gens attendent davantage de la ville — pas seulement des infrastructures de base, mais aussi une qualité esthétique, des espaces verts, une vie sociale et la santé. »

Ces attentes s’inscrivaient parfaitement dans le programme de l’ancienne maire Anne Hidalgo, qui visait à rendre Paris plus sûr, plus vert et plus convivial. Sous la direction d’Anne Hidalgo, Paris a repensé les écoles pour en faire les « capitales » des quartiers, grâce à des « rues scolaires » réduisant la circulation à leur alentour. Ces changements ont été accompagnés d’une écologisation des cours d’école, transformées en « oasis » et ouvertes aux habitants en dehors des heures de classe en tant qu’espaces communautaires partagés. La volonté politique, une planification globale et la demande du public ont créé les conditions idéales pour que l’initiative des rues scolaires puisse se développer à grande échelle.

Dans une ville densément peuplée comme Paris, Priscilla a déclaré que« l’espace public destiné aux enfants correspond principalement au trajet entre la maison et l’école ».Rendre ce trajet plus sûr et plus agréable est soudain apparu comme une priorité et un objectif réalisable.

Cet article se concentre sur la mise en œuvre : comment Paris a fait avancer cette initiative étape par étape, a surmonté les difficultés, a su gagner l’adhésion du public et a mis en place un processus permettant de créer rapidement et efficacement des centaines de rues scolaires. Les 15 étapes suivantes s’inspirent directement de notre entretien avec Priscilla.

Comment Paris a mis en place ses « rues scolaires » : 15 étapes clés

 

1. Commencer par définir clairement le mandat politique, le budget et les obligations en matière de responsabilité

À la suite des élections municipales de 2020, l’amélioration du cadre de vie dans les quartiers est devenue une priorité. Les responsables ont demandé aux équipes techniques de repenser la manière dont l’espace public pourrait être plus sûr, plus accessible et mieux adapté aux enfants. Le programme « Améliorez votre quartier » a été lancé avec un budget de 5 millions d’euros par quartier afin d’améliorer l’espace public. Trois équipes du service municipal ont travaillé en étroite collaboration pour mener à bien ce projet : l’équipe d’urbanisme, l’équipe de dessin technique et l’équipe de construction.

2. Recourir à des mesures d'urgence pour tester de nouvelles idées

Lors de la première vague de COVID-19, Paris a fermé les rues aux voitures aux abords des écoles en utilisant tout ce qui était à sa disposition, comme des parpaings, des jardinières ou de simples barrières. Ces solutions n'étaient pas parfaites, mais elles ont démontré que ces fermetures étaient réalisables et bien accueillies par la population.

Panneaux mobiles utilisés pour fermer les rues à proximité des écoles. Source : Priscilla Benedetti / Ville de Paris

3. Être à l'écoute des citoyens et tirer parti de leurs contributions

La COVID-19 a suscité un vif intérêt auprès du public pour un air plus pur et de meilleurs espaces extérieurs. Les habitants ont remarqué les changements immédiats à l’extérieur des écoles, et nombreux sont ceux qui ont demandé que ces améliorations perdurent. L’implication précoce des communautés scolaires s’est avérée essentielle pour trouver des « alliés », car celles-ci ont contribué à renforcer le soutien et l’adhésion de la population locale aux projets de piétonisation lors des consultations publiques, donnant ainsi au programme des rues scolaires à la fois un élan et une légitimité.

Mobilisation citoyenne en faveur de la mise en place de rues scolaires. Source : Priscilla Benedetti / Ville de Paris

4. Localiser sur une carte les lieux fréquentés par les enfants

Pour chaque quartier, la Ville de Paris a dressé une liste exhaustive des établissements scolaires, de la crèche à l'université, ainsi que des espaces publics et des lieux de rassemblement pour les enfants et les jeunes, tels que les parcs et les aires de jeux, les bibliothèques, les écoles de danse et de musique et d'autres espaces communautaires. Les rues situées à proximité de ces lieux ont servi de base pour définir les priorités en matière de piétonisation.

5. Comprendre la circulation aux alentours

Les équipes ont analysé minutieusement les flux de circulation afin d’éviter de déplacer les embouteillages vers d’autres rues. Si la fermeture d’une rue scolaire risquait de provoquer des embouteillages ailleurs, la ville adaptait le plan de circulation global pour éviter cela. Certaines rues abritant des services essentiels — tels que des hôpitaux, des lignes de bus ou de grands magasins — ne pouvaient pas être fermées. Dans ces cas-là, la ville a parfois déplacé l’entrée de l’école vers des rues secondaires plus calmes, plutôt que de renoncer à l’idée de piétonisation. Paris a également proposé des parkings souterrains subventionnés afin d’apaiser les inquiétudes liées à la perte de places de stationnement en voirie.

6. Optez pour des portails modulables et faciles à utiliser

La préfecture de police de Paris a exigé que les fermetures soient entièrement accessibles en cas d'urgence. La ville a donc opté pour des portails légers que les parents ou le personnel scolaire pourraient fermer pendant les heures de cours, et que les services d'urgence pourraient ouvrir instantanément.

7. Tester, faire preuve de souplesse, suivre, évaluer et susciter l'adhésion

Certains habitants s’inquiétaient des changements proposés. Paris a donc d’abord mis en place des rues scolaires temporaires, avec des barrières, des marquages et des panneaux provisoires, et les a observées pendant six mois. Dans presque tous les cas, ces changements temporaires se sont avérés efficaces, et les habitants ont demandé que ces aménagements soient rendus permanents.
Cette période d’essai a été cruciale non seulement pour obtenir l’adhésion de la communauté, mais aussi pour affiner les conceptions. Les premiers aménagements n’ont pas toujours fonctionné :

« Quand nous avions disposé les barrières en ligne droite, les vélos roulaient à toute vitesse sur le trottoir à côté de l’école, ce qui était dangereux »,a expliqué Priscilla. Après plusieurs essais et erreurs, on a opté pour une disposition en quinconce des barrières, ce qui oblige les vélos et les motos à ralentir, réduisant ainsi les risques.

Une ONG environnementale locale, Respire, a équipé plusieurs rues de capteurs destinés à surveiller les niveaux de particules et la réduction des polluants à proximité des rues scolaires, générant ainsi des données précieuses — telles que des baisses mesurables de la pollution — afin de militer en faveur de la création de nouvelles rues scolaires et d'un air plus pur.

La Ville de Paris a testé différents types de mesures de fermeture de voirie jusqu'à ce qu'elle trouve la plus efficace. Source : Priscilla Benedetti / Ville de Paris

 

8. Mettre en place des modèles qui ont fait leurs preuves et les reproduire à grande échelle rapidement

Tous les projets définitifs devaient être approuvés par les Architectes des Bâtiments de France. À l'issue de longues négociations, un modèle de conception a été validé, précisant les matériaux, les couleurs et l'agencement. Cela a permis à Paris d'appliquer un modèle cohérent à l'échelle de la ville.

« Nous voulions un projet qui soit le même partout — que ce soit dans les quartiers défavorisés ou dans les quartiers aisés — et qui soit reconnaissable. » – Priscilla Benedetti

9. Mettre la rue à niveau d'une façade à l'autre pour faciliter l'accessibilité

Les rues scolaires permanentes ont été réaménagées en surfaces planes et continues, sans surélévation de la chaussée. Elles sont ainsi devenues plus accessibles aux personnes en fauteuil roulant, plus sûres pour les enfants et plus pratiques pour les parents avec des poussettes. Les surfaces planes contribuent également à signaler visuellement que la rue est partagée et que les voitures n’ont plus la priorité.

Inclusive design standards were applied to permanent school streets so people with disabilities could easily navigate these spaces. Source: Priscilla Benedetti/ City of Paris 

10. Passer de l'asphalte foncé à des couleurs plus claires et plus attrayantes

L'asphalte foncé absorbe la chaleur, ce qui rend les rues plus chaudes en été. Les autorités chargées du patrimoine ont approuvé l'utilisation d'un revêtement beige clair pour les rues autour des écoles. Un revêtement plus frais, plus lumineux et plus accueillant pour les enfants.

Shifting from darker coloured to lighter coloured streets creater cooler and brighter environments. Source: Priscilla Benedetti/ City of Paris 

11. Planter des arbres là où les réseaux souterrains le permettent

À Paris, la plantation d’arbres est compliquée par la présence de réseaux souterrains denses et superposés, comprenant notamment des conduites de gaz, des câbles électriques et des tunnels de métro. La ville a cartographié ces réseaux sous chaque rue et n’a planté des arbres que là où leurs racines ne risquaient pas de causer de dégâts. Là où il n’était pas possible de planter des arbres, d’autres éléments de verdure ont été ajoutés.

Layers of city utilities plans were used to plan and develop planting areas. Source: Priscilla Benedetti/ City of Paris 

12. Améliorer le drainage et gérer avec soin les déchets et les eaux pluviales

Dans certaines zones de plantation, la structure du sol était fragile. À ces endroits, la ville a installé des bordures métalliques surélevées et imperméables afin d'empêcher l'eau de pénétrer dans les zones de sol fragiles. Là où le sol était plus stable, des bordures perméables laissaient passer l'eau tout en empêchant les déchets d'être emportés par le vent dans les jardinières, ce qui a permis de réduire la charge de travail des jardiniers.

Different metal barriers developed to protect planting, ensure efficient drainage and maintenance. Source: Priscilla Benedetti/ City of Paris 

13. Mettre à disposition du mobilier adapté aux enfants et des fontaines à eau

Paris a installé des mini-bancs conçus pour les enfants, afin de les mettre à l'aise et de les inviter à s'asseoir et à faire une pause. Des fontaines à eau accessibles ont également été mises en place pour permettre aux enfants de rester plus longtemps à l'extérieur sans avoir à acheter d'eau.

14. Impliquer les enfants et les communautés pour dynamiser l'espace et renforcer le sentiment d'appropriation collective

Même s’il n’a pas été possible de mener à bien une conception participative à part entière, les enfants ont pris part au choix des couleurs, des jeux et du marquage au sol pour leurs rues scolaires, en y intégrant des éléments ludiques et pédagogiques tels que la marelle et les systèmes planétaires.

Les rues, espaces d'apprentissage – Œuvre d'art représentant le système solaire dans une rue scolaire. Source : Priscilla Benedetti / Ville de Paris
Transformer les rues en espaces de jeux. Source : Priscilla Benedetti / Ville de Paris

 

La ville a également eu recours à des moyens créatifs pour promouvoir les rues scolaires et susciter un sentiment d’appartenance collective. Priscilla a donné un exemple émouvant :

« Nous avons repris d’anciennes photos de Paris où des enfants jouaient dans les rues, puis nous avons demandé aux enfants d’aujourd’hui de les recréer. C’était pour eux une façon de se réapproprier la rue. »

Reconstitution de photos d'enfants jouant dans des rues parisiennes réaménagées pour les écoles. Source : Priscilla Benedetti / Ville de Paris

Des événements communautaires, tels que des ateliers de peinture, des journées de plantation, des kermesses scolaires et des activités périscolaires, ont été organisés dans les rues autour de l'école, ce qui a permis aux familles et aux voisins de s'approprier cet espace.

Événements communautaires organisés dans les rues scolaires de Paris. Source : Priscilla Benedetti / Ville de Paris

Les commerces locaux en ont également profité :
« Beaucoup de petites entreprises sont vraiment ravies, car cela attire davantage de piétons et de clients. »– Priscilla Benedetti

15. Utiliser un langage architectural commun pour créer une identité propre aux rues scolaires

La cohérence des couleurs, des matériaux et de l'agencement a contribué à créer une identité facilement reconnaissable. Les familles ont rapidement appris à repérer les rues scolaires et se sont senties en sécurité et à l'aise en les empruntant. Cette conception cohérente a également permis à Paris de se développer plus rapidement. Les nouvelles rues ont pu être adaptées à partir du modèle existant, ce qui a permis d'éviter de longues procédures d'autorisation.

Favoriser l'adhésion : comment l'engagement citoyen s'est concrétisé dans la pratique

La participation du public a joué un rôle central tout au long du programme. Les premières réunions publiques — annoncées par des tracts — n’attiraient souvent que des opposants et des personnes âgées ayant le temps d’y assister. Pour remédier à cela, la Ville de Paris a contacté directement, par l’intermédiaire des écoles, des parents très occupés afin qu’ils participent aux réunions publiques. Cela a permis de garantir la présence d’une diversité de points de vue. Les parents qui se sont exprimés en faveur de la sécurité de leurs enfants ont fait évoluer la dynamique des discussions, permettant ainsi aux élus et aux équipes techniques d’avancer plus facilement. La résistance s’est atténuée à mesure que les habitants constataient les avantages du projet par eux-mêmes.

Comme l'a dit Priscilla : « Au final, tout le monde veut désormais une rue scolaire — tous les partis politiques. »

Paris a intégré la participation citoyenne à chaque étape du projet : visites de terrain avec les enfants, débats à l'échelle du quartier dans le cadre de l'initiative« Améliorez votre quartier », séances de retour d'expérience après les phases d'expérimentation et communication continue. Ce dialogue permanent a permis d'instaurer un climat de confiance et d'élaborer des projets reflétant les besoins de la communauté.

Avantages connexes des rues scolaires

Les retombées des rues scolaires s’étendent bien au-delà des portes de l’école. De nombreuses familles ont constaté une amélioration de la qualité de l’air aux heures de pointe. Une étude récente portant sur 10 rues scolaires parisiennes a révélé que les niveaux de NO₂ avaient baissé d’environ 30 % après la piétonisation, une amélioration cruciale pour la santé des enfants. Les rues scolaires ont également renforcé les liens sociaux. Les enfants s’attardaient pour jouer, les parents prenaient le temps de discuter et les enseignants trouvaient plus facile d’établir des liens avec les familles. Ces interactions quotidiennes ont contribué à renforcer les liens communautaires. Les commerces et cafés de quartier en ont bénéficié, car davantage de familles se promenaient dans le quartier. Certains magasins ont agrandi leur terrasse et ont vu leur chiffre d’affaires augmenter. Mais surtout, ce programme a favorisé la création d’une ville plus accueillante pour les enfants et les habitants. En réaménageant les rues à grande échelle, Paris a démontré qu’un aménagement centré sur l’enfant peut constituer un élément central de la politique urbaine, et non pas seulement une expérience marginale.

Une approche concrète pour rendre les rues plus sûres pour les enfants

L’expérience de Paris montre que les villes peuvent créer des environnements plus sûrs, plus verts et plus accueillants pour les enfants en combinant une planification à long terme avec une expérimentation rapide et tactique. Ce travail ne reposait pas sur des technologies de pointe, mais sur la volonté politique, une analyse réfléchie, des essais réversibles, l’implication de la communauté et une conception cohérente. D’autres villes peuvent s’inspirer de Paris en commençant modestement, en écoutant les familles et en adaptant leurs projets aux contraintes locales.

À propos de l'auteur 

Cet article a été rédigé par Sarah Sabry et Anupama Nallari, de l’Urban Hub @ Save the Children International. Un grand merci à Priscilla Benedetti, de la Ville de Paris, de nous avoir accordé un entretien et d’avoir partagé avec nous ses précieuses réflexions et expériences concernant l’initiative des « rues scolaires » à Paris. Merci également à Camille Tallon, du C40, d’avoir relu une version préliminaire de cet article et d’avoir apporté des remarques et des commentaires utiles pour l’enrichir.

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